À chacune de mes journées, j’ai toujours cette même pensée qui revient s’installer confortablement dans ma tête, comme si elle était l’unique propriétaire de mon esprit. Elle vient à tout coup attaquer de plein fouet l’estime que j’ai de moi-même. Décidément, j’ai cette impression récurrente de m’effondrer brutalement au sol. Bruyant, l’écho se fait sentir dans la totalité de mon corps. Une sensation oppressante, je vous l’assure. En réaction, je n’hésite pas à lui faire la guerre et la refouler au plus profond de ma tête. Pourtant, je sais que demain, elle tentera par tous les moyens imaginables de s’incruster à nouveau près de moi. Je commence sincèrement à croire qu’elle veut mon bien. À peine ai-je commencé l’écriture de ce billet, je prends conscience qu’il est peut-être venu le temps de transformer l’ensemble de ce chaos nostalgique en OPPORTUNITÉ. En réalité, simplement l’accepter et lui laisser cette possibilité de m’accompagner dans cette merveilleuse histoire qu’est ma vie…

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Cher TDAH,

C’est par mon premier billet,

que je tenais à te rendre ce précieux hommage.

« Jonathan, l’évaluation neuropsychologique me confirme la présence d’un TROUBLE DÉFICITAIRE DE L’ATTENTION AVEC HYPERACTIVITÉ DE NIVEAU SÉVÈRE » me dit le médecin. Lorsque j’ai entendu les dernières paroles du diagnostic, ce ne sont pas des mots qui sont venus à ma bouche en premier, mais bien une série d’images qui s’est déployée momentanément dans mon esprit. Toutefois, une seule a perduré. À dire vrai, je me suis vu à ma tendre enfance, recroqueviller dans les bras de ma mère. J’ai d’emblée compris que je venais de vivre un immense SOULAGEMENT.


C’est à vingt-deux ans que j’ai eu l’occasion de faire véritablement ta connaissance. En passant, j’y pense ! Prends un petit moment et regarde sur le calendrier. Tu comprendras que nous célébrons déjà notre premier anniversaire. Peut-être que nous devrions faire un tête-à-tête pour célébrer ça ? « Ouin », peut-être pas non plus… Drôlement, je compare notre rencontre à des retrouvailles, car bien honnêtement, au fil des années, je me doutais de plus en plus de ta présence.


C’est dans le cadre de mon stage final d’intervention dans une classe en adaptation scolaire d’une école secondaire que j’ai pris conscience de ton existence même. Effectivement, au fil de mes rencontres d’aide auprès de ces jeunes uniques, j’ai pu éclaircir en peu de temps que je me sentais comme eux, rongé par un stress immense et dépourvu de moyens pour arriver à contrôler mes émotions. J’ai donc décidé que c’en était assez et je me suis laissé cette chance de consulter en neuropsychologie. En toute bonne foi, j’ai sans doute pris la meilleure décision de ma vie.


Heureusement, mes résultats académiques ont toujours été exceptionnels. Par contre, tu dois te douter très fortement que tu m’as rendu la vie parfois très difficile. Mon ORGANISATION, mon IMPULSIVITÉ, mon manque d’ATTENTION m’ont causé bien des problèmes. À force de vieillir et de vivre dans ce déséquilibre que je qualifierais de « dévastateur », j’ai su acquérir des mécanismes efficients, favorisant mon développement personnel.


Après une sérieuse réflexion sur ma motivation à devenir travailleur social, je peux te dire haut et fort que mon TDAH m’a amené à prendre conscience de l’importance d’être heureux. Ainsi, il faut saisir le plus rapidement possible cette OPPORTUNITÉ que nous offre la vie d’accomplir nos plus grands rêves. Puisque tu as fait une grande différence dans ma vie, je veux à mon tour transmettre ce que tu m’apprends au fil des journées à l’ensemble de ma communauté. Parce qu’après tout, aider est à mon sens le plus beau verbe du monde.


Avant d’achever cette prise de conscience que je considère à ma foi grandiose, j’aimerais te dire merci du fond de mon cœur. Je suis fier de ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant. Grâce à toi, je me décris comme une personne CRÉATIVE, ÉNERGIQUE et INNOVATRICE. Je peux te dire à toi CHER TDAH que tu es mon outil de vie et que je continuerai à garder à l’esprit que sans toi, je ne serai probablement pas la personne que je suis aujourd’hui. Actuellement, j’ai encore cette pensée qui me tourne dans la tête. En fait, cette pensée est simple. Elle s’explique par le désir de saisir l’occasion de raconter son histoire. Se dévoiler pour permettre aux gens comme moi de se dire qu’ils ne sont pas seuls.


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FIN